« La souffrance comme condition d’un bonheur universel : une re-lecture chrétienne de la figure du Serviteur souffrant dans le troisième chant d’Isaïe (Is50, 4-9). »

download

Par YAGA III Firmin, CICM
La souffrance en vue du Bien: Comment le comprendre ? Telle est la quintessence de notre travail de fin de cycle théologique. Pour mener cette réflexion sur la souffrance, nous avons non seule-ment puisé dans notre expérience personnelle, mais aussi avons-nous recouru aux Saintes Ecritures. Nous avons emprunté une démarche exégético-théologique pour ce faire. Le tableau sombre des souffrances que subit le monde s’est toujours agrandi dans une vitesse astronomique débouchant sur un désespoir accru. Le destin des peuples se trouvant obstrué par des solutions humaines limitées; des multitudes élèvent leurs cris de désespoir vers Dieu, qui seul peut apporter un dénouement véritable. Dans le sillage de confiance de l’amour de Dieu pour les hommes que peuvent manifester les désespérés, Dieu s’est souvent montré patient en y mettant sa gloire. Dieu y a toujours suscité dans ce cas des per-sonnes qui puissent toujours apporter une parole de réconfort et de soulagement à ceux qui sont affaiblis. C’est pourquoi en nous référant à la misère du peuple d’Israël, la figure du serviteur souffrant du 3ème chant du serviteur d’Isaïe apparait comme l’ini-tiative personnelle de Dieu à aider son peuple. En parcourant notre texte à partir des éléments de l’ap-proche contextuelle, passant par l’analyse littéraire, le serviteur de Yahvé bute aux écueils de l’incréduli-té et de l’hostilité de ses adversaires qui sont contre la parole de vie et vérité qu’il annonce. D’où l’ori-gine de sa souffrance. La persécution s’est aussi abattue sur les rapatriés et le serviteur est envoyé pour soutenir ceux qui sont flétris et épuisés. Il invite à se confier en Yahvé qui vient toujours en aide car la sentence des adversaires est imminente (Is 50, 9).

Le serviteur de Yahvé, conscient des exigences de
sa mission exprime sa dépendance en celui qui l’en-voie. Cette confiance inébranlable qu’il place en Yahvé, condition de cette fidélité, lui donne une as-surance joyeuse et fière. En ce sens il ne connait plus la honte et rend dur comme une pierre son visage pour justement transcender ces tribulations qui lui sont infligées. Le langage théologique du Deutero-Isaïe qui ressort de ces poèmes fait étalage de ce que Dieu, le maître de l’univers, permet ce qui arrive aux justes du peuple dans la seule optique de convertir les infidèles. Il dédouane ainsi la théologie de l’An-cien Testament en expliquant comment les justes souffrent, alors que les méchants ont la belle vie. A ce sujet, Jacques Tremblay pense que le prophète « répond du même coup à la question du pourquoi de la souffrance en lui donnant un sens : elle fait des fidèles les missionnaires dont Dieu se sert pour con-vertir les incroyants et, si les juifs s’acquittent de cette tâche loyalement, ils seront récompensés». Le serviteur dont la vie a été marquée par la souffrance des échecs et des hostilités, mais qui, aussi bien par son attitude que par ses paroles a contribué à intério-riser la religion de Yahvé.
Comme membres du corps du Christ, les chré-tiens doivent comprendre le sens christique de la souffrance d’être missionnaire de Dieu. Nous devons passer par l’appel, l’écoute, la disponibilité, le ser-vice qui trouve leur source en Dieu. La réalité du ser-viteur souffrant accomplie en Jésus traverse l’espace et le temps. L’obéissance à la mission de Dieu va jusqu’à l’acceptation de la violence et la souffrance. Être obéissant est le signe de reconnaissance de notre dépendance à Dieu. La souffrance humaine, tel que le déclare Edward Nowak « trouve son ultime raison, dans la réalité mystérieuse de Dieu qui a créé, maintient et gouverne l’univers ». Il s’agit de montrer que la souffrance possède un sens, contrairement aux prétentions de ceux qui, dans leur situation doulou-reuse se contentent d’affirmer son absurdité. Loin de nous livrer à une conception plurielle de la souf-france, il est opportun pour nous de la comprendre en Jésus-Christ. Certes Jésus a souffert, et sa souf-france a débouché sur la résurrection. La souffrance se présente donc comme une voie et une expérience qui peuvent conduire à une nouvelle intelligence de la vie. Alors nous pouvons accueillir la souffrance puisqu’elle est coexistentielle à la vie.
En conclusion, la souffrance a le risque de faire trébucher le chrétien pour le conduire à des atti-tudes de la superstition, de l’incrédulité et même du fétichisme. De nos jours, on voit des croyants aban-donner leur foi en Dieu au bénéfice des chemins tor-tueux, à la recherche effrénée des solutions faciles et illusoires, des recettes magiques qui ne sauront pas éradiquer de leur vie la violence de la souffrance. Ainsi, le croyant qui se dérobe du sens chrétien de cet enseignement sur la souffrance s’expose à la perte de sa foi. Il est donc impératif pour le chrétien de ne pas se laisser entrainer par des vendeurs d’illu-sions qui lui feront croire qu’il est absolument pos-sible de vivre en dehors de la souffrance. Ce qui im-porte c’est de savoir comment reconsidérer ce dyna-misme lorsque tout chrétien est appelé à être un ser-viteur souffrant. La notion de souffrance prend donc un grand coup lorsqu’elle n’est pas définie dans la perspective de Dieu. L’intelligence spirituelle de notre péricope Is50, 4-9 nous dévoile une dimension théologique de la souffrance qui n’a de sens qu’en Dieu de qui vient la mission.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s