VANITE ET SOUFFRANCE: CHRIST RESSUSCITE, ESPERANCE DANS NOS TOURMENTS

Par JOSEPH Edson , CICM

FB_IMG_1484324230525Les sciences se développent exponentiellement aujourd’hui et, élargis-sant ainsi leur champ d’investigation, elles se prononcent avec une impavide quiétude sur bon nombre de réalités de notre monde. Toutefois, elles restent limitées quand il faut parler de l’homme. En effet, depuis le connais-toi toi-même socratique, l’homme est devenu la cible des études scientifiques. Beau-coup de définitions anthropologiques ont alors vu le jour, sans qu’aucune ne puisse dire avec certitude et définitivement qui est l’homme. Faute de ses li-mites et par manque d’humilité, la science peut orienter l’homme vers sa perte, en négligeant le germe divin semé en l’homme.
Dans son incertitude fondamentale, selon une suite ininterrompue de crises et de latences, l’homme nourrit son vouloir-vivre (Schopenhauer) dans une quête effrénée du bien-être. Du coup, se voyant au prisme de l’avoir, il est abandonné à la remorque de ses passions. Son unique objectif est son plaisir corporel. Il établit comme valeur, dit saint Augustin, ce qui lui fait plaisir, même si cela peut lui être nuisible. Donc, être bien pour l’homme moderne, c’est pou-voir répondre à ses besoins matériels. Sa quête de richesses le conduit à sa pauvreté. Trainé par ses passions, l’homme ne vit plus, il vivote. La dictature de la raison conduit souvent l’homme dans une sorte de « duperie de la pen-sée » (Kierkegaard) qui l’aveugle sur ce qu’il a en lui de profond. Il ignore l’es-sentiel de la vie ; il vit selon le paraitre au détriment de l’être.
Mais, peu à peu, les « vêtements d’idées » (Edmund Husserl) qui garantissaient à l’homme cette utopie complaisante s’avèrent inopérants ; leur rôle d’aspirine s’estompe face à l’inéluctable limite de l’homme. L’homme fait du coup l’expérience de sa limite, son incapacité à se réaliser comme il entend. Il se découvre comme un être limité. Maitre de tout, il se retrouve confronté à son propre moi. Et il se rencontre si vulnérable, si pauvre que la conscience de lui-même lui creuse l’âme. Ses questions existentielles alors refont surface : Qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ? Qu’y a-t-il après la mort ?
Devant la caducité de la science, d’aucuns ne voient qu’une issue : le suicide. Ayant perdu le goût de vivre par la fadeur des techniques, par l’insipidi-té de l’avoir et parfois même du savoir, ils déclarent, sans lueur d’espoir, que la vie de l’homme n’est que peine et misère. Avec Qohélet, ils se rendent comp-tent de la vanité des choses, que tout est vanité. C’est en effet un moment de crise qui n’épargne personne : jeunes, vieux, chrétiens… A un moment ou à un autre, nous nous trouvons devant cette inexpugnable question du sens de la vie. Face à cette question si complexe, un très grand nombre de nos contempo-rains ont beaucoup de mal à discerner les vraies valeurs permanentes; en même temps, ils ne savent comment les harmoniser avec les découvertes récentes. Une inquiétude les saisit et ils s’interrogent avec un mélange d’espoir et d’angoisse sur l’évolution actuelle du monde. C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet. Il est livré à lui-même et en souffre beaucoup. L’homme n’est pas seulement tourmenté par la souffrance et la déchéance progressive de son corps, mais plus encore, par la peur d’une destruction définitive. Et c’est par une inspiration juste de son coeur qu’il rejette et refuse cette ruine totale et ce définitif échec de sa personne. Le germe d’éter-nité qu’il porte en lui, irréductible à la seule matière, s’insurge contre la mort. Toutes les tentatives de la technique, si utiles qu’elles soient, sont impuissantes à calmer son anxiété (GS 18).

L’Église, pour sa part, qui a reçu la mission de manifester le mystère de Dieu, de ce Dieu qui est la fin ultime de l’homme, révèle en même temps à l’homme le sens de sa propre existence, c’est-à-dire sa vérité essentielle. L’Église sait parfaitement que Dieu seul, dont elle est la servante, répond aux plus profonds désirs du coeur de l’homme que jamais ne rassasient pleinement les nourritures terrestres. L’homme voudra toujours connaître, ne serait-ce que confusément, la signification de sa vie, de ses activités et de sa mort. Or Dieu seul, qui a créé l’homme à son image et l’a racheté du péché, peut répondre à ces questions en plénitude. Il le fait par la révélation dans son Fils, qui s’est fait homme. Quiconque suit le Christ, homme parfait, devient lui-même plus homme (GS 41). La souffrance est un mystère. Jésus a fait de sa vie une lutte contre toute forme de souffrances ; il a donné sa propre vie par amour pour nous. Avec le Temps de Pâque, en Église, nous fixons le regard sur la souffrance du Christ,
sa fidélité à Dieu et sa résurrection. C’est une invitation pour nous, chrétiens d’aujourd’hui, à nous faire proches de ceux qui souffrent dans notre entourage. C’est un temps liturgique très enrichissant pour notre croissance spirituelle. Il nous délivre de bon nombre de nos fausses idées. Nous pouvons souligner trois des leçons clés de la Pâque :
1-Reconnaitre que l’homme est limité. L’homme n’est pas un dieu, il n’est pas un ange. De par son corps il est limité. Vivant en société, il devra faire l’apprentissage de sa limite. Être limité signifie qu’il ne peut pas toujours réaliser ce qu’il juge être bien, qu’il est capable de souffrir. La souffrance n’est pas extérieure à l’homme. Elle m’habite, elle t’habite, elle nous habite. La souffrance est la grande éducatrice du genre humain. L’Église nous invite à ne plus faire de la souffrance une exception pour certains, mais à apprendre à parler d’elle. Le chemin de croix vécu en Église est un bon enseignement sur la vision de l’Église. La souffrance fait partie d’un mystère plus grand, qui est celui de la vie. Le dire et le reconnaitre, ce n’est pas céder au fatalisme ou au masochisme, mais plutôt s’approprier et assumer une partie importante de notre humanité. (J. P. Prévost)
2-Vivre sa souffrance. Le culte de la santé que notre monde contemporain nous miroite n’est que rêverie. Quelqu’un disait que dans la vie, il nous faut savoir respecter nos feux rouges. En disant cela, il avait en tête le rôle fonda-mental des feux routiers dans la circulation. Quand le feu de notre vie tourne au rouge, c’est pour nous demander de nous arrêter, de nous regarder. La souf-france (feu rouge) est une invitation naturelle à prendre du temps pour soi-même, à rencontrer son moi profond. Notre activisme nous sert de bouclier contre ce dialogue franc avec nous-mêmes que nous redoutons. Ce qui ex-plique assez clairement la peur du troisième âge chez bon nombre de jeunes, chrétiens inclus. En effet, nous vivons une sorte de sacralité de la jeunesse, une religion de la santé qui dévalorise la vieillesse. Pourtant, dit Luc Ferry, le monde du troisième âge est beaucoup plus intéressant, plus beau, plus intense que la jeunesse, marquée par tant d’incertitudes. C’est une belle chose qu’un homme âgé qui a bon jugement, un ancien qui sait conseiller. Une riche expé-rience est la couronne des gens âgés ; ils peuvent être fiers s’ils ont la crainte du Seigneur. (Si 25, 4.5)
3-Faire confiance à Dieu. La source de la peur de la souffrance est corrélative, selon moi, à la peur de la solitude. Même pour un chrétien c’est difficile d’accep-ter sa souffrance puisque ça semble avilir l’homme. D’ailleurs, nous avons l’impression que Dieu reste souvent silencieux devant nos souffrances. Nous pouvons même tenter parfois de douter de son existence. Les dernières heures de la vie de Jésus doivent beaucoup nous interpeler sur la confiance en Dieu. Lui qui est Fils Unique de Dieu, il a eu son moment de trouble, de solitude où un trop plein de souffrance lui fait crier contre le silence de son Père (Cf. Mc 15, 34). Ceci veut dire que dans nos moments de dures souffrances, nous avons le droit de douter, d’être inquiets, mais nous n’oublions jamais que Dieu est comme cette mère qui sert son coeur pour laisser à son fils la chance d’ap-prendre à marcher. Le fils tombera plusieurs fois, il se fera mal, mais la mère vise un plus grand bien : que son fils puisse marcher. Dieu éprouve ce même sentiment d’amour-miséricordieux envers nous. Il souffre avec nous. Il attend que nous nous remettions entre ces bras pour qu’Il nous recrée. Notre Dieu se laisse toucher par la détresse humaine.
Notre prière pendant ce temps pascal est que nous puissions grandir dans notre foi et vivre une ferme espérance que nous ne serons jamais seuls, même dans les moments où nous aurons l’impression d’être abandonnés à nous-mêmes. La croix-et-résurrection du Christ nous enseigne que Dieu marche avec nous dans nos souffrances. Le Christ nous fortifie. Que cela nous donne assez de confiance pour chanter avec Jésus : Mon Père, mon Père je m’abandonne à Toi, fais de moi ce que tu voudras. Quoi que Tu fasses, je Te remercie. Je suis Ton enfant, j’accepte tout.

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