Pacem in terris: actualités et perspectives

Par GOMERA BIENVENU, CICM

Introduction

premier-portail-d-appui-aux-victimes-du-terrorisme_ng_image_line1Publiée le 11 Avril 1963, l’Encyclique Pacem in Terris du pape Jean XXIII est l’un des documents majeurs sur lesquels se fonde l’enseignement de l’Eglise sur la paix. Montrer ses perspectives et son actualité, c’est la tâche que nous nous assignons dans cette réflexion. Mais avant tout un rappel historique s’impose dans le but de nous situer par rapport au contexte qui a amené Jean XXIII à la publication de cette Encyclique.

 Il faut d’emblée affirmer que le contexte dans lequel le saint père publia ce document n’est rien d’autre que la modernité. Bien que restant un concept assez vague, la modernité peut se définir comme un mode de civilisation qui se caractérise par son opposition à la tradition ou aux cultures traditionnelles. Elle désigne un changement de mentalité qui s’applique à tous les niveaux de la vie : économique, politique, socio-culturel, etc. Sur le plan philosophique, la modernité est marquée par une pensée individualiste, rationaliste et une exaltation de la liberté. Avec cette mentalité rationaliste et avec les révolutions (industrielle vers 1850-1940 et française en 1789) qui s’en sont suivies, l’homme a conscience d’être maître de l’histoire. Il pense être maître et possesseur de la nature. Grâce au développement des sciences et des techniques qui marquent cette époque et qui donnent ainsi le sentiment d’un progrès infini, l’homme, par son savoir, son pouvoir et son avoir, se replie sur lui-même. Il se considère, nous l’avons déjà dit, comme maître de l’Univers, n’obéissant à personne d’autre qu’à lui-même. Modernité, temps d’éveil de l’humanité, qui était un temps de grâce accordé par Dieu à l’homme moderne pour récupérer au moyen des sciences et techniques en accord avec Dieu ( la foi), l’Espérance perdue par nos grands-parents exclus du paradis terrestre, a été malheureusement mal comprise par l’homme. Ce dernier, peut-être par mauvaise lecture des signes de temps, en a profité pour s’exalter soi-même et exalter sa liberté jusqu’à chercher à se réaliser en se passant de Dieu et de son prochain. On assista ainsi à un univers où les rapports tant interpersonnels qu’inter- états ont été régulés par la force.   Le recours aux armements a été pensé comme l’unique moyen pour résoudre les conflits. D’où la crise de la paix dans le monde. L’on se souviendra ici de deux guerres mondiales (la 1ère de 914-1918 et la seconde de 1939- 1945) qu’a connues l’humanité. Quelques années plus tard, avec son arrivée, et s’alignant derrière ses prédécesseurs qui avaient déjà entrepris d’exhorter l’humanité à la paix, le pape Jean XXIII va rédiger Pacem in Terris.

 Le contenu de l’Encyclique Pacem in Terris

 Pacem in Terris s’articule sur cinq (5) parties, structurées autour de cent soixante-treize (173) paragraphes. Dès le premier paragraphe, Jean XXIII évoque un principe fondamental selon lequel: la paix, ne peut se fonder ni s’affermir que dans le respect absolu de l’ordre établi par Dieu. Dans l’univers, il existe, dit- il, un ordre intrinsèque inscrit et voulu par Dieu Lui-même. Ainsi, la paix que désire l’homme ne peut devenir réalité que dans le respect absolu de cet ordre, reflet de la sagesse de Dieu. En effet, pour parvenir au respect de cet ordre, précise le pape, l’homme doit chercher à fonder sa société sur le principe selon lequel tout être humain est une personne, c’est-à-dire une nature douée d’intelligence et de volonté libre, sujet de droits et de devoirs, découlant les uns et les autres, ensemble et immédiatement, de sa nature : aussi sont-ils universels, inviolables, inaliénables. Parmi ces droits, le saint père énumère quelques-uns: le droit à l’existence et à un niveau de vie décent, le droit au respect de sa personne, à sa bonne réputation, à la liberté dans la recherche de la vérité, dans l’expression et la diffusion de la pensée, dans la création artistique, les exigences de l’ordre moral et du bien commun étant sauvegardées. Tout être humain a également droit à une information objective, il a le droit d’accéder aux biens de la culture et, par conséquent, d’acquérir une instruction de base ainsi qu’une formation technico-professionnelle correspondant au degré de développement de la communauté politique à laquelle il appartient. L’on fera en sorte que le mérite de chacun lui permette d’accéder aux degrés supérieurs de l’instruction et d’arriver, dans la société, à des postes et à des responsabilités aussi adaptés que possible à ses talents et à sa compétence. Il y a également le droit d’honorer Dieu selon la juste exigence de la droite conscience, le droit à la liberté dans le choix de son état de vie (marié ou consacré), le droit au travail et à l’initiative dans le domaine économique, le droit de participer activement à la vie publique. Du fait que l’être humain est ordonné à la vie en société, il en découle le droit de réunion et d’association, etc.

A ces droits sont attachés quelques devoirs que chacun est tenu d’accomplir. La loi naturelle confère les uns, impose les autres ; de cette loi ils tiennent leur origine, leur persistance et leur force indéfectible. Ainsi, par exemple, le droit à la vie entraîne le devoir de la conserver; le droit à une existence décente comporte le devoir de se conduire avec dignité ; au droit de chercher librement la vérité correspond le devoir d’approfondir et d’élargir cette recherche, etc.

Jusqu’ici, l’analyse concernait donc les rapports entre les individus. En ce qui concerne les rapports entre individu et communauté, Jean XXIII mentionne la nécessité d’une autorité. Celle-ci a pour finalité de garantir le bien commun, de sauvegarder les droits et les devoirs de chaque individu. Le pape en vient donc à la question du rapport entre les communautés politiques où il précise que celles-ci ont, entre elles, des droits et des devoirs réciproques. Elles doivent donc harmoniser leurs relations selon la vérité et la justice, en esprit d’active solidarité et dans la liberté. La même loi morale qui régit la vie des hommes doit régler aussi les rapports entre les États.

Que dire alors de l’actualité de cette Encyclique ? Reconnaissons d’emblée que le contexte actuel n’est pas aussi différent de celui qui a vu naître Pacem in Terris: la modernité. Certes, d’aucuns parlent aujourd’hui de la post-modernité, ce qui n’est pas faux au niveau conceptuel. Mais, en réalité, la post-modernité n’est que le prolongement de la modernité. Les mêmes crises, les mêmes tendances, les mêmes fléaux: guerres, discordes, atrocités, violences, terrorismes, exploitations des faibles par les plus forts, égoïsme… qui ont marqué la modernité ne sont pas étrangers à notre société actuelle et dans nos milieux de vie : pays, familles, paroisses, quartiers, groupes liturgiques, nos milieux de service… Ils sont le fruit de la pollution de notre cœur. Le pape Jean XXIII nous exhorte à la paix, qui se fonde sur le respect des droits et des devoirs de chacun, et qui a pour piliers : la vérité, la justice, la solidarité et la liberté.

En conclusion, Noël, temps de célébration de la naissance de Jésus, le Prince- de – paix (Isaïe 9, 5) qui vient habiter parmi nous, est aussi un temps favorable pour nous de rebâtir la paix tant brisée par l’homme car, il y a Noël, quand le terrorisme et les guerres qui sévissent notre société cèdent la place à la paix et à la sécurité, quand les discordes et les divisions qui rongent nos milieux de vie : nations, familles, paroisses, groupes ou associations…) cèdent la place à l’unité et à la concorde, quand la justice triomphe sur l’injustice sous toutes ses formes, quand le mensonge, la corruption et la tricherie cèdent la place à la vérité, à la transparence et à l’honnêteté, bref, quand la culture du déchet c’est-à-dire des antivaleurs cède la place à celle des valeurs et du bien.

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